Qu’est-ce que le NAIRU ? Taux de chômage naturel et incertitude
Comprenez le NAIRU, sa différence avec le taux U-3 observé et les raisons pour lesquelles ses estimations restent incertaines.
Dans ce guideQue signifie « taux de chômage n’accélérant pas l’inflation » ?
Bref résumé
Le NAIRU est une estimation du taux de chômage compatible, selon un modèle et des hypothèses précises, avec une inflation qui ne s’accélère pas. Il n’est pas directement observable, ne correspond pas à une donnée mensuelle et n’est pas une constante valable dans tous les pays et toutes les périodes. Sa définition et son estimation dépendent de la méthode, des données et de l’horizon étudié.
Que signifie « taux de chômage n’accélérant pas l’inflation » ?
NAIRU est l’acronyme anglais de Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment. L’expression désigne un niveau de chômage auquel le taux d’inflation n’aurait pas tendance à augmenter ou à diminuer durablement dans le modèle, si les autres hypothèses restent stables. Cela ne signifie pas que les prix cessent de monter. Ils peuvent encore augmenter de 2 % ou de 5 % par an alors que le taux d’inflation reste stable. Un choc énergétique important ou un changement des anticipations peut aussi faire monter l’inflation sans variation du chômage.
Dans sa présentation méthodologique de 2023, le CBO définit son taux de chômage non cyclique comme le chômage provenant de toutes les sources autres que les fluctuations de la demande globale. Ce taux est lui aussi estimé, et non directement observé. {source:cboNoncyclicalRate2023}
Pourquoi le NAIRU n’est-il pas le taux U-3 observé ?
Le taux U-3 est la principale mesure publiée du chômage aux États-Unis; il repose sur une enquête auprès des ménages qui rapporte les personnes classées comme chômeuses à la population active selon des critères définis. Il décrit une situation observée pour une période donnée. À l’inverse, le NAIRU et le taux naturel sont des concepts de modèle plus larges, estimés à partir de plusieurs données plutôt que mesurés par une enquête. Le chiffre U-3 ne révèle donc pas directement le NAIRU, et l’écart entre les deux ne signifie pas que l’un est erroné.
« Naturel » ne signifie pas non plus absence totale de chômage. Les personnes changent d’emploi, en cherchent un ou ont besoin de temps pour trouver un poste correspondant à leurs compétences et à leur lieu de résidence. Même un marché du travail actif connaît des transitions et des difficultés d’appariement. Le plein emploi n’est synonyme ni de chômage nul, ni d’une estimation précise du NAIRU, ni d’un pourcentage universel; il ne transforme pas non plus automatiquement le NAIRU en objectif de politique économique.
Taux naturel, chômage non cyclique et NAIRU : des notions proches, pas interchangeables
Un document de travail du CBO publié en 2007 décrit le taux naturel comme le chômage provenant de sources autres que les fluctuations conjoncturelles de la demande globale. Il indique que le taux naturel et le NAIRU devraient coïncider à long terme, mais qu’ils peuvent différer à court terme. Le taux naturel renvoie généralement à l’équilibre du marché du travail à plus long terme; le NAIRU désigne le chômage compatible avec une inflation stable dans un modèle donné; et le taux non cyclique sépare la composante conjoncturelle des autres composantes selon une méthode d’analyse. Ce document est une recherche datée, pas une estimation actuelle et universelle du CBO. {source:cboNaturalRate2007} {source:frbMishkinPotentialOutput2007}
Pour interpréter un chiffre publié, vérifiez son nom, sa définition, sa méthode et la période couverte. Ne supposez pas que le taux « naturel » d’une institution est équivalent au NAIRU estimé par une autre. Des appellations voisines ne garantissent pas des concepts identiques.

Quel rôle jouent les changements d’emploi et l’appariement ?
Le chômage non cyclique n’a pas une cause unique. Une personne peut quitter un poste pour en chercher un autre, avoir besoin d’une formation ou vivre loin des emplois vacants. La composition par âge de la population active, les entrées et sorties de l’emploi, l’organisation des postes et les modes de recherche évoluent également. Ces frictions influencent la vitesse à laquelle les chômeurs retrouvent un emploi et le niveau de chômage qui peut persister sans pression inflationniste croissante.
Un document de travail du CBO publié en 2007 relie le taux naturel à la création et à la destruction d’emplois, aux changements d’emploi et à la vitesse d’appariement entre les personnes qui cherchent un emploi et les postes vacants. {source:cboNaturalRate2007}
L’appariement entre travailleurs et postes vacants peut changer. Si les compétences ou les lieux correspondent moins bien, un poste peut rester vacant plus longtemps même lorsque des personnes sont au chômage. Un meilleur appariement ou une évolution de la participation peut produire une autre dynamique. Une seule statistique sur les offres d’emploi ou le chômage ne permet pas d’en identifier la cause. Jerome Powell, de la Réserve fédérale, a abordé l’évolution de la structure de l’économie et l’incertitude entourant l’estimation d’un taux de chômage soutenable. {source:fedPowellMonetaryPolicyChangingEconomy2018}
Comment estimer une référence qui n’est pas observable ?
Les économistes combinent des données sur le marché du travail, les salaires, l’inflation et la démographie. Ils utilisent ensuite des modèles statistiques et économiques pour distinguer les tendances lentes des fluctuations conjoncturelles. Selon le modèle, ils peuvent intégrer les liens entre salaires et prix, les anticipations d’inflation et des hypothèses sur la participation, la productivité ou la structure du marché du travail. Le résultat dépend du modèle et des données retenus; ce n’est pas le décompte direct d’un groupe précis de travailleurs.
Dans sa présentation méthodologique de 2023, le CBO décrit la méthode qu’il utilisait alors : maintenir les taux de chômage du quatrième trimestre 2005 pour 516 groupes démographiques définis selon le sexe, le niveau d’études, l’âge et l’origine ethnique, puis calculer une moyenne pondérée à partir de la part variable de chaque groupe dans la population active. Il présentait aussi une méthode alternative séparant tendance et cycle, dont il évaluait encore l’utilité. Il s’agit de la description datée de la méthode d’une institution, pas d’une formule universelle. {source:cboNoncyclicalRate2023}
De nouvelles observations et versions des données, ainsi que les choix de modèle, de définition, d’horizon et d’hypothèses, peuvent modifier l’estimation. Il faut donc la considérer comme révisable, et non comme une valeur connue avec précision chaque mois. Jerome Powell a décrit l’incertitude des estimations en temps réel du taux naturel et leur possible révision à mesure que de nouvelles informations arrivent. {source:fedPowellMonetaryPolicyChangingEconomy2018} {source:frbMishkinPotentialOutput2007}
Écart de chômage : vérifiez d’abord le sens de la soustraction
On peut définir l’écart de chômage ainsi :
Écart de chômage = taux de chômage observé − taux de référence estimé
Un résultat positif signifie que le taux observé dépasse la référence estimée; un résultat négatif signifie qu’il lui est inférieur. Exprimez la différence en points de pourcentage: le passage de 4,2 % à 4,6 % représente 0,4 point de pourcentage, et non une hausse relative de 0,4 %. Certains rapports inversent l’ordre de la soustraction; vérifiez donc la convention de signe avant d’interpréter le résultat.
Le signe, à lui seul, ne permet pas de savoir ce qu’il adviendra des prix ou des salaires. La référence est également une estimation et l’inflation dépend des anticipations, des chocs et des institutions. L’écart sert à comparer une mesure observée à une référence de modèle; ce n’est pas une prévision autonome.
Exemple hypothétique : une observation, deux références
Supposons que le taux U-3 observé soit de 4,6 %. Pour cet exemple pédagogique seulement, un organisme estime le NAIRU à 4,2 % et un autre à 5,0 %. Avec la définition ci-dessus:
- Première estimation: 4,6 % − 4,2 % = +0,4 point de pourcentage; le chômage observé dépasse la référence.
- Deuxième estimation: 4,6 % − 5,0 % = −0,4 point de pourcentage; le chômage observé est inférieur à la référence.
Le taux de chômage observé n’a pas changé; c’est la référence non observable qui diffère. Aucune des deux estimations ne prouve que l’inflation va augmenter ou baisser, et ces chiffres ne sont ni des données actuelles ni une prévision. L’exemple montre pourquoi il faut tenir compte de la méthode et de l’incertitude qui accompagnent l’estimation.
Comment lire une estimation sans en faire un objectif ou une prévision ?
Vérifiez quelle institution a produit l’estimation, sa définition, la période couverte et la date de publication ou de révision. Examinez ensuite la formule de l’écart et la mesure du chômage utilisée. Comparez la valeur à la participation, à l’emploi, aux offres d’emploi et aux passages d’un poste à un autre, en gardant à l’esprit que chaque indicateur mesure une dimension différente. Le guide sur la courbe de Phillips explique le lien modélisé entre marge de capacité inutilisée et inflation; le guide U-3 et U-6 présente les différentes mesures du chômage; la courbe de Beveridge relie les offres d’emploi et l’appariement.
Il n’existe pas de NAIRU universel et fixe, ni de garantie qu’un taux donné maintienne l’inflation à un niveau déterminé. Utilisez-le comme repère analytique susceptible d’évoluer et précisez le modèle, la période et l’incertitude.
Questions fréquentes
Q1NAIRU signifie-t-il une inflation nulle ?
Non. Cela signifie que le taux d’inflation ne s’accélère pas selon certaines hypothèses du modèle. L’inflation peut être positive et stable; un choc d’offre ou un changement des anticipations peut aussi la modifier.
Q2Le NAIRU est-il identique au taux de chômage naturel ?
Les termes sont parfois proches, mais leur définition peut varier selon l’institution, le modèle et l’horizon. Vérifiez la définition et la méthode au lieu de supposer que les chiffres sont interchangeables.
Q3Si le chômage est inférieur au NAIRU, l’inflation va-t-elle augmenter ?
Pas nécessairement. L’écart compare une observation à une référence estimée; ce n’est pas une prévision. Les anticipations, les chocs d’offre et l’évolution du marché du travail peuvent modifier la relation, tout comme une révision de l’estimation.
Sources et lectures complémentaires
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