Qu’est-ce que la courbe de Beveridge ? Postes vacants, chômage et efficacité d’appariement
Comprenez ce que montre la courbe de Beveridge, la définition des postes vacants de JOLTS et les limites de son interprétation.
Dans ce guideCe que représente la courbe de Beveridge
Bref résumé
La courbe de Beveridge met en regard le taux de chômage et le taux de postes vacants. Elle aide à lire l’évolution du marché du travail, mais ne prédit pas à elle seule une récession et n’en établit pas la cause.
Ce que représente la courbe de Beveridge
Dans le graphique habituel, le taux de chômage figure sur l’axe horizontal et le taux de postes vacants sur l’axe vertical. Aux États-Unis, le chômage provient de la Current Population Survey (CPS) du Bureau of Labor Statistics (BLS), tandis que les postes vacants sont recensés par la Job Openings and Labor Turnover Survey (JOLTS). Le graphique de la courbe de Beveridge du BLS compare des observations mensuelles des deux séries. Selon les définitions CPS du BLS, une personne temporairement mise à pied qui attend d’être rappelée peut aussi être comptée au chômage même sans recherche active d’emploi.
Les points descendent généralement de gauche à droite : un taux élevé de postes vacants va souvent de pair avec un chômage plus faible, et inversement. Il s’agit d’une régularité, pas d’une loi valable chaque mois. La position du nuage peut évoluer au fil du temps ; un point éloigné d’un épisode antérieur ne suffit donc pas à démontrer qu’un mécanisme précis a changé.
On décrit souvent la courbe comme convexe : elle n’est pas une droite et sa pente varie selon la situation du marché du travail. Dans la partie supérieure, lorsque les postes vacants sont nombreux par rapport aux personnes qui cherchent un emploi, la courbe peut être plus raide. Cette forme aide à raisonner sur l’effet possible d’une baisse des postes vacants sur le chômage, mais ne détermine pas seule ce qui se produira.
Quels postes JOLTS considère-t-il comme vacants ?
Une annonce ou une intention d’embauche ne suffit pas pour constituer un poste vacant dans JOLTS. Le BLS compte les postes non pourvus le dernier jour ouvrable du mois. Il faut que du travail soit disponible pour le poste, qu’une prise de fonction puisse avoir lieu sous 30 jours et que l’établissement recherche activement des candidats extérieurs à son site. Les définitions JOLTS du BLS précisent ces trois critères. Un poste réservé aux mutations internes ou dont la date de début est à plus de 30 jours ne répond donc pas à la définition.
Le taux de postes vacants se calcule en divisant leur nombre par la somme des postes occupés et des postes vacants, puis en multipliant le résultat par 100. La méthode de calcul des taux du BLS donne la formule : taux de postes vacants = postes vacants ÷ (emploi + postes vacants) × 100. Si un établissement fictif comptait 96 personnes employées et quatre postes vacants, le taux serait de 4 ÷ (96 + 4) × 100 = 4 %. Ce calcul est illustratif ; le chiffre national de JOLTS est estimé à partir d’un échantillon d’établissements.
Le taux ne se confond donc pas avec le nombre brut de postes. À nombre de postes vacants constant, une variation de l’emploi peut modifier le dénominateur et le taux. De plus, un taux agrégé ne dit pas dans quelles branches se trouvent les postes, quelles conditions ils proposent, ni combien de demandeurs d’emploi leur correspondent.
Les postes vacants sont un stock, les embauches et départs des flux
Les postes vacants sont un stock : une photographie du nombre de postes inoccupés à une date donnée, le dernier jour ouvrable du mois. Les embauches et les départs, comme les démissions et les licenciements, sont des flux comptabilisés sur l’ensemble du mois. La FAQ JOLTS du BLS explique ces périodes de référence différentes.
Supposons qu’un établissement commence le mois avec dix postes vacants. Il en pourvoit six et en ouvre quatre nouveaux au cours du mois. Il reste alors huit postes vacants au dernier jour ouvrable. Cette photographie ne signifie pas qu’il n’y a eu aucune embauche : six ont eu lieu. De même, une baisse du nombre de postes vacants ne prouve pas une hausse des licenciements ; des postes ont pu être pourvus, annulés ou ne plus répondre aux critères de JOLTS.
Les embauches ne sont pas l’inverse arithmétique des postes vacants. Une embauche apparaît dans le flux du mois, même si le poste est occupé à la fin de la période. Un poste encore vacant à cette date n’est pas encore une embauche. Ces mesures peuvent être lues ensemble, à condition de garder visible la différence entre un stock à une date et des événements sur un mois.

Un déplacement vers le bas et la droite le long d’une courbe existante
Si le rapport entre demandeurs d’emploi et postes disponibles reste globalement stable, un ralentissement de la demande de travail des entreprises peut faire baisser le taux de postes vacants. Le point se déplace alors vers le bas. Si le taux de chômage augmente en parallèle, il se déplace aussi vers la droite. On parle de déplacement le long de la courbe lorsque le marché évolue au sein d’une relation supposée relativement stable.
Les deux séries ne changent pas nécessairement au même moment ni dans la même proportion. Les offres peuvent diminuer avant que le chômage ne reflète les transitions professionnelles, le début d’une recherche d’emploi ou la sortie de la population active. Des recrutements peuvent encore avoir lieu alors même que le stock de postes vacants baisse. Une hausse du chômage ne prouve pas à elle seule que les licenciements ont augmenté.
« Se déplacer le long de la courbe » est donc une description analytique, pas une cause établie. Un point qui va vers le bas et la droite correspond à moins de postes vacants et à davantage de chômage, mais le graphique ne permet pas de savoir si cela vient de la demande, des départs, de la composition des postes ou d’autres facteurs. Il faut aussi examiner les embauches, les séparations, la participation et les heures travaillées.
Quand la courbe se déplace
La relation entre postes vacants et chômage peut elle-même changer. S’il faut davantage de postes vacants pour un même taux de chômage, ou si le chômage est plus élevé pour un taux de postes vacants similaire, les observations peuvent correspondre à un déplacement vers l’extérieur. Cette expression décrit la géométrie du graphique ; elle ne nomme pas une cause unique.
Une explication possible est une baisse de l’efficacité d’appariement entre travailleurs et postes. Les qualifications, la localisation, les horaires ou les conditions d’emploi peuvent moins bien correspondre ; les recrutements prennent alors plus de temps même si des postes et des candidats existent. La répartition des postes et des travailleurs entre secteurs, les réallocations d’activité ou une hausse des séparations de l’emploi peuvent aussi faire évoluer la relation. Plusieurs mécanismes peuvent se superposer.
Dans une note de 2022, Andrew Figura et Chris Waller, membres du personnel de la Réserve fédérale, étudient la courbe au moyen d’un modèle intégrant l’appariement et les séparations. Dans ce cadre, l’efficacité dépend notamment de l’adéquation entre les personnes en recherche et les postes disponibles, et les hypothèses du modèle influencent la courbe estimée. L’analyse de 2022 est datée et propre à un modèle ; ce n’est ni une règle officielle ni une prévision actuelle. Les chercheurs peuvent aussi distinguer différemment l’efficacité et les réallocations.
Pourquoi la pente compte : un exemple hypothétique
Sur une partie supérieure et raide, le taux de postes vacants peut baisser nettement alors que le chômage augmente moins, si les séparations et les autres facteurs restent approximativement stables. Sur une partie plus plate, une baisse comparable des postes vacants peut s’accompagner d’une variation plus forte du chômage. Le résultat dépend de la forme et de la position de la courbe, ainsi que des séparations et de l’efficacité d’appariement.
Pour illustrer les axes, imaginons le point A : chômage à 3,5 % et taux de postes vacants à 6,0 %. Le point B se situe à 3,8 % de chômage et 5,0 % de postes vacants. Le passage de A à B va vers le bas et la droite : les postes vacants diminuent, le chômage augmente légèrement. Ces valeurs sont entièrement inventées ; elles ne décrivent ni un mois réel, ni une prévision, ni un seuil de ralentissement modéré.
Imaginons aussi le point C, avec un chômage de 5,0 % et un taux de postes vacants de 5,0 %. Par rapport à B, le taux de postes vacants est identique mais le chômage est plus élevé. Ce motif pourrait correspondre à un déplacement vers l’extérieur, sans prouver une baisse de l’efficacité d’appariement. Les séparations, la composition des emplois ou des travailleurs, les réallocations et les révisions de données peuvent aussi intervenir. A, B et C sont tous fictifs et ne sont pas des observations réelles.
Ce que la courbe ne permet pas de conclure
La courbe n’est ni une horloge de récession ni un test autonome d’« atterrissage en douceur ». Elle résume un marché du travail varié par deux taux et ne montre pas à elle seule les salaires, les heures travaillées, la participation, la durée du chômage ou les raisons d’un départ. JOLTS et CPS sont en outre des enquêtes distinctes. Il faut en connaître les définitions, les échantillons et les périodes de référence avant de leur attribuer un lien de causalité.
La note de la Réserve fédérale publiée le 29 juillet 2022 demandait comment le chômage pourrait évoluer si les postes vacants diminuaient, sous des hypothèses sur la pente de la courbe, l’efficacité d’appariement et les séparations. Les auteurs ont calculé des scénarios pour le contexte de l’époque ; les résultats changent selon la position du marché du travail et les hypothèses du modèle. Cette analyse ne dit pas ce qui va se passer aujourd’hui et n’établit pas que toute baisse des postes vacants aura le même effet. Il faut lire la note de 2022 comme une étude d’une période et d’un modèle particuliers.
Pour déterminer si une récession a commencé, il faut plusieurs indicateurs et une méthode de datation du cycle. Pour suivre le refroidissement du marché du travail, rapprochez les postes vacants des embauches, des départs, du chômage, des salaires et de la participation. Le guide sur l’atterrissage en douceur et la récession distingue la description d’un résultat de la datation d’une récession.
Une liste pratique pour lire la courbe
Commencez par vérifier les axes : chômage à l’horizontale, taux de postes vacants à la verticale. Assurez-vous ensuite que les deux séries concernent les États-Unis, sont mensuelles et portent sur la même période. Dans un graphique du BLS, vérifiez que les postes vacants proviennent de JOLTS et le chômage de CPS, et regardez si les données sont corrigées des variations saisonnières.
Demandez-vous ensuite si le mouvement ressemble à une évolution le long d’une relation existante ou si la relation elle-même semble avoir changé. Présentez le motif observé sans en faire une cause certaine. Séparez le stock de postes vacants à la fin du mois des flux mensuels d’embauches et de départs. Examinez aussi les séparations, la composition des emplois, les heures et la participation. La pente locale compte : une même baisse des postes vacants peut coïncider avec des réponses différentes du chômage selon la position sur la courbe.
Pour compléter l’analyse, le guide des mesures U-3 et U-6 explique les différents périmètres de mesure du chômage. Le guide de la loi d’Okun porte sur le lien empirique entre production et chômage. Ces approches complètent la courbe de Beveridge, sans rendre l’évolution mécanique ou prévisible à coup sûr.
Questions fréquentes
Q1La baisse des postes vacants entraîne-t-elle nécessairement plus de chômage ?
Non. L’ampleur et le calendrier dépendent notamment des embauches, des séparations, de la participation, de l’efficacité d’appariement et de la position sur la courbe. Le seul taux de postes vacants ne détermine pas l’évolution du chômage.
Q2La courbe de Beveridge annonce-t-elle une récession ?
Non. Elle compare deux taux du marché du travail, mais ne date pas à elle seule le début d’une récession et ne confirme pas un atterrissage en douceur. Il faut aussi examiner d’autres indicateurs, leurs définitions et leur période.
Q3Les postes vacants correspondent-ils aux embauches ?
Non. Les postes vacants sont le stock des postes encore ouverts le dernier jour ouvrable du mois. Les embauches sont comptées sur tout le mois. Un poste pourvu pendant cette période peut ne plus apparaître comme vacant à la date de référence.
Sources et lectures complémentaires
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