Qu’est-ce que la loi d’Okun ? PIB et chômage expliqués
Découvrez les deux formes de la loi d’Okun, un exemple hypothétique d’écart de production et les limites du lien avec le chômage.
Dans ce guideCe que résume la loi d’Okun
Bref résumé
La loi d’Okun désigne une relation empirique entre l’activité économique et le chômage. Ce n’est ni une loi naturelle ni une règle de prévision fixe. Même pour une croissance identique du PIB réel, les heures travaillées, la productivité, les embauches, les licenciements, la participation au marché du travail et les délais peuvent évoluer différemment. Le résultat dépend donc de la forme de l’équation, du pays, de la période et des définitions retenues.
Ce que résume la loi d’Okun
La loi d’Okun résume une observation fréquente : lorsque la production réelle progresse plus vite que sa tendance habituelle, le chômage tend à reculer dans de nombreux jeux de données. Si la production se contracte ou augmente lentement, le chômage peut s’élever. Il s’agit d’une relation moyenne et conditionnelle, et non de la promesse qu’un point de croissance fera toujours baisser le taux de chômage d’une quantité précise. Le mot « loi » ne signifie pas qu’il s’agit d’une règle universelle comparable à une loi de la physique.
Son nom vient de l’économiste Arthur Okun et de son étude publiée en 1962 sur le produit potentiel et le chômage aux États-Unis. Okun cherchait à estimer la production non réalisée lorsque l’économie fonctionnait en deçà d’une capacité soutenable, puis à relier cet écart au chômage excédentaire. Le produit potentiel est une estimation de ce que l’économie pourrait produire avec une utilisation élevée mais durable de ses ressources ; il n’est pas directement observable. Un discours de Mishkin, de la Réserve fédérale, explique les difficultés conceptuelles et statistiques de l’estimation du produit potentiel et de l’écart de production. {source:frbMishkinPotentialOutput2007}
Aujourd’hui, l’idée d’Okun est formulée au moyen de plusieurs équations. Certaines relient la croissance du PIB réel à la variation du taux de chômage ; d’autres rapprochent la production observée d’une estimation de la production potentielle, ainsi que le chômage constaté d’un taux de référence estimé. La Réserve fédérale de Saint-Louis examine la relation historique entre production et chômage et montre que la période et les choix de mesure influent sur l’estimation. {source:frbStLouisOutputUnemployment2013}
Forme en croissance et forme en écarts
Dans la forme en croissance, on compare la progression du PIB réel au cours d’une période à la variation du chômage sur cette même période. L’intuition peut s’écrire de manière très simplifiée : variation du chômage ≈ −β × (croissance du PIB réel − croissance tendancielle). Si la croissance dépasse la tendance, le signe négatif indique une baisse du chômage, toutes choses égales par ailleurs. Les estimations peuvent aussi intégrer une constante, des effets retardés et d’autres variables ; cette écriture n’est donc pas l’équation unique de la loi d’Okun.
La forme en écarts compare la production observée à une estimation du produit potentiel, et le taux de chômage observé à un taux de référence estimé. Une approximation simple est : écart de chômage ≈ −β × écart de production. Si la production dépasse le potentiel estimé, l’écart de production est positif. Dans un modèle élémentaire, le chômage serait inférieur à son taux de référence et l’écart de chômage serait négatif. Les premières analyses d’Okun cherchaient justement à rapprocher la production perdue du chômage excédentaire.
On ne peut pas reprendre sans précaution un coefficient β estimé dans la forme en croissance pour l’utiliser dans la forme en écarts. La première relie un taux de croissance à une variation du taux de chômage ; la seconde relie le niveau de production par rapport au potentiel estimé au niveau de chômage par rapport à une référence. Les variables, les unités, les horizons temporels et l’incertitude des estimations diffèrent. Le calcul de la tendance et le traitement des délais peuvent aussi modifier l’interprétation.
Exemple hypothétique d’écart de production
Pour illustrer le calcul seulement, supposons un écart de production estimé à +2 % et un coefficient β fictif de 0,5 point de pourcentage d’écart de chômage par point de pourcentage d’écart de production. La forme simplifiée donne : écart de chômage ≈ −0,5 × 2 = −1 point de pourcentage. Le signe négatif indique que, dans cet exemple, le taux de chômage observé est inférieur au taux de référence retenu par le modèle.
Supposons également que le taux de chômage de référence soit de 5 % dans ce calcul hypothétique. Le résultat serait alors 5 % − 1 point de pourcentage = 4 %. Ce résultat est obtenu avec des données inventées pour expliquer le calcul : il ne s’agit ni d’un résultat observé, ni d’une prévision, ni d’une moyenne empirique de la loi d’Okun. Le taux de référence est lui aussi estimé et peut évoluer lorsque les données ou la méthode sont révisées.
Un pourcentage exprime un niveau ou une variation relative ; un point de pourcentage mesure directement l’écart entre deux pourcentages. Passer de 5 % à 4 % correspond à une baisse d’un point, mais à une diminution relative de 20 % par rapport au niveau initial. Un coefficient exprimé en « points de pourcentage de chômage par point de pourcentage d’écart de production » ne décrit donc pas une variation en pourcentage du nombre de chômeurs.
Comment la production se traduit en emplois
La production économique dépend, de façon générale, de trois éléments : le nombre de personnes qui travaillent, leur durée moyenne de travail et la production par heure travaillée. Le PIB réel peut donc augmenter parce que les salariés déjà en poste travaillent plus longtemps ou deviennent plus productifs, avant même que les entreprises recrutent beaucoup. À l’inverse, lorsque la demande baisse, elles peuvent d’abord réduire les heures ou les marges avant de licencier. Garder des salariés alors que l’activité est temporairement faible est parfois appelé « rétention de main-d’œuvre ».
La composition sectorielle compte également. La baisse de la production dans un secteur qui emploie beaucoup de main-d’œuvre peut entraîner rapidement des licenciements. Dans une activité plus intensive en capital ou en technologie, la production peut augmenter sans hausse proportionnelle de l’emploi. Les entreprises et les secteurs ajustent différemment les horaires, la productivité, les recrutements et les suppressions de postes. Le chiffre de production réelle ne permet donc pas, à lui seul, de déduire une variation fixe du nombre d’emplois.
Des personnes entrent aussi sur le marché du travail ou le quittent. Quelqu’un qui cesse de chercher un emploi n’est pas classé de la même manière qu’une personne qui en cherche activement un et peut commencer à travailler. Quand les perspectives s’améliorent, certains reprennent leur recherche ; la participation au marché du travail et le nombre de personnes comptées comme chômeuses peuvent ainsi augmenter temporairement, même si l’emploi progresse. Les indicateurs U-3 et U-6 ne couvrent pas exactement les mêmes situations. Le Bureau of Labor Statistics des États-Unis précise qui entre dans la définition du chômage. {source:blsCpsConcepts}

Délais, récession et reprise
Les ventes, la production et l’emploi ne s’ajustent pas au même moment. Quand la demande baisse, une entreprise peut commencer par réduire les heures supplémentaires avant de supprimer des postes permanents. Elle peut attendre de savoir si la faiblesse va durer avant de licencier. Au début d’une reprise, elle peut d’abord augmenter la durée de travail des salariés en place ou rappeler les personnes licenciées. La production peut ainsi rebondir avant que les embauches ne s’accélèrent. L’estimation de la relation dépend donc de la période d’observation retenue.
Le lien peut différer au début et à la fin d’une récession, ou entre les premières et les dernières étapes de la reprise. Une analyse de la Réserve fédérale de San Francisco étudie pourquoi l’évolution du chômage pendant la récession de 2009 s’est écartée de ce que suggérait la relation simple d’Okun. {source:frbsfOkunSurprise2009} Une étude ultérieure examine les écarts du chômage par rapport au profil attendu pendant les récessions. Elle montre comment des chocs exceptionnels, les politiques du marché du travail et les caractéristiques propres à une crise peuvent compter. {source:frbsfOkunDeviations2014}
La fréquence des données joue aussi un rôle. Le taux de chômage est mesuré chaque mois, tandis que le PIB est généralement publié chaque trimestre. Les séries peuvent ensuite être annualisées ou comparées sur des fenêtres différentes. Si les périodes ne coïncident pas, la variation de la production sur plusieurs mois peut être rapprochée d’une variation du chômage calculée sur une autre durée. Vérifiez donc si l’analyse porte sur un mois, un trimestre ou une année, et si la croissance du PIB est annualisée.
Pourquoi les estimations varient
Le coefficient d’Okun peut différer selon le pays, la région, le secteur et la période. Le droit du travail, la structure de l’économie, la place du temps partiel, la souplesse des horaires et la participation à la vie active ne sont pas les mêmes partout. Le lien observé lors d’une profonde récession peut différer de celui d’une expansion ordinaire. Des changements de productivité peuvent également associer une croissance identique à des évolutions d’emploi distinctes. Il ne faut donc pas appliquer mécaniquement à un autre pays ou à une autre période un coefficient estimé aux États-Unis pour une décennie donnée.
Même avec des données cohérentes, le produit potentiel et le taux de chômage de référence ne sont pas observés directement. Les analystes les estiment à partir de tendances de productivité, de données historiques et de modèles. De nouvelles informations ou la révision des chiffres passés peuvent modifier ces estimations. Le taux de référence n’est pas automatiquement la NAIRU : certains modèles utilisent un taux de chômage qui n’accélère pas l’inflation, tandis que d’autres définissent la référence autrement. Le discours de la Réserve fédérale sur le produit potentiel souligne la difficulté d’une estimation en temps réel. {source:frbMishkinPotentialOutput2007}
Les chiffres du PIB sont également révisés et les estimations issues des enquêtes auprès des ménages et des travailleurs peuvent être mises à jour. Une première publication peut donc différer de la valeur que les chercheurs consulteront quelques années plus tard. Le Bureau of Labor Statistics décrit la mesure du chômage à partir de l’enquête sur la population, notamment les critères de recherche d’emploi et de disponibilité. Il faut connaître ces définitions avant de faire correspondre un taux publié à la variable d’un modèle. {source:blsGovernmentMeasuresUnemployment}
Une relation empirique, pas une règle causale
La loi d’Okun décrit une régularité statistique entre production et chômage. Elle ne prouve ni que la croissance du PIB est la seule cause d’une baisse du chômage, ni qu’une diminution du chômage accroît la production selon un coefficient fixe. Un choc de demande peut influencer les deux variables ; des gains de productivité peuvent accroître la production sans créer beaucoup d’emplois ; la politique budgétaire, monétaire ou de soutien aux salaires peut aussi changer le résultat. Le sens et l’intensité des réactions peuvent varier d’une période à l’autre.
Tracer une ligne au travers de points historiques ne suffit pas à établir un mécanisme causal. Les chercheurs choisissent les variables, les périodes, les retards et la manière de tenir compte des changements structurels. Une erreur dans l’estimation du produit potentiel ou du taux de chômage de référence affecte les résultats. Les révisions du PIB peuvent modifier la pente estimée. Il est plus juste de présenter le résultat comme un lien estimé pour des données et une spécification précises, en mentionnant l’incertitude.
On ne peut pas non plus transformer ce lien en recette indiquant exactement de combien le chômage changera si les dépenses publiques augmentent ou si l’économie ralentit. L’effet d’une politique dépend de la cause du choc, des réactions des entreprises et des ménages, des capacités disponibles et de l’horizon retenu. La loi d’Okun aide à structurer les questions sur la production et l’emploi, mais elle ne dicte pas à elle seule une politique et ne garantit pas une prévision.
Comment lire un coefficient d’Okun cité
Lorsqu’un chiffre est attribué à la loi d’Okun, recherchez d’abord l’équation complète. Explique-t-elle la variation du chômage à partir de la croissance au-dessus de la tendance, ou relie-t-elle l’écart de chômage à l’écart de production ? Quel est le signe du coefficient et quelles sont les unités ? Vérifiez aussi le pays ou la région, la période de l’échantillon, la fréquence des données, les retards retenus et la taille de l’échantillon. Sans ces précisions, le coefficient se compare difficilement.
Demandez quelle version des données a été utilisée et à quelle date : s’agit-il de premiers chiffres ou de données révisées ? Comment le produit potentiel et le taux de chômage de référence ont-ils été estimés ? Le résultat est-il une corrélation observée dans l’échantillon, une estimation conditionnelle au modèle ou une prévision ? Vérifiez si l’étude porte sur le taux de chômage, la participation au marché du travail ou un indicateur plus large. Ces variables ne sont pas interchangeables.
Pour mieux comprendre le côté production, consultez l’explication de l’écart de production et du PIB potentiel ; pour les mesures du chômage, comparez U-3 et U-6. L’article sur le PIB nominal et le PIB réel permet de vérifier que la croissance tient compte de l’effet des prix. Le PIB nominal peut progresser parce que les prix augmentent, alors que la loi d’Okun s’appuie généralement sur le PIB réel.
Questions fréquentes
Q1La loi d’Okun dit-elle que toute croissance économique fait baisser le chômage ?
Non. Elle décrit un lien moyen dans des données et des périodes précises. La production peut augmenter grâce à des horaires plus longs ou à une meilleure productivité avant que les recrutements progressent beaucoup. La participation, les délais, les secteurs et les chocs comptent également.
Q2β = 0,5 est-il une véritable estimation de la loi d’Okun ?
Non. Le coefficient, l’écart de production et le taux de chômage de référence ont été inventés pour illustrer les unités et le signe du calcul. Ils ne constituent ni une moyenne historique ni une prévision. Une estimation réelle doit être lue avec son équation et son échantillon.
Q3Pourquoi les estimations de l’écart de production et du chômage de référence sont-elles révisées ?
Le produit potentiel et le chômage de référence ne sont pas directement observables : les modèles doivent les estimer. En outre, les statistiques du PIB et les enquêtes sur le marché du travail peuvent être révisées. De nouvelles informations ou des hypothèses différentes peuvent donc modifier les estimations initiales.
Sources et lectures complémentaires
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