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Concepts macroéconomiques9 min de lecture

Qu’est-ce que l’effet de courbe en J ? Dépréciation et balance commerciale

Pourquoi la balance commerciale peut-elle se dégrader après une dépréciation ? Prix, volumes et délais expliquent pourquoi la courbe en J n’est pas garantie

Dans ce guideCe que décrit l’effet de courbe en J

Bref résumé

La courbe en J désigne une trajectoire d’ajustement possible après la dépréciation d’une monnaie : la balance commerciale d’un pays peut d’abord se rapprocher d’un déficit plus important ou d’un excédent plus faible, puis s’améliorer à mesure que les volumes échangés réagissent. Sur un graphique où le temps figure en abscisse et la balance commerciale en ordonnée, cette séquence peut prendre la forme d’un J. C’est un mécanisme théorique et un schéma observé dans certaines études, pas une règle valable après chaque dépréciation.

Ce que décrit l’effet de courbe en J

Le mécanisme comporte deux grandes étapes. Les variations du taux de change peuvent modifier les prix et la valeur des importations et des exportations en monnaie nationale avant que les entreprises et les ménages ne changent leurs quantités achetées ou vendues. Ensuite, si les clients réagissent aux nouveaux prix relatifs, les volumes exportés et importés peuvent évoluer. L’effet initial sur les prix et l’effet ultérieur sur les quantités peuvent donc faire évoluer la balance mesurée dans des directions différentes. Le FMI présente la courbe en J comme une trajectoire décalée possible, et son graphique classique repose explicitement sur des réactions supposées des prix et des volumes. {source:imfJCurve1979} {source:imfWEO2007ExchangeRates}

Vérifier la convention de cotation avant de parler de dépréciation

Supposons que le taux de change soit exprimé en unités de monnaie nationale pour une unité de monnaie étrangère. S’il passe de 1.00 à 1.10, une unité de monnaie étrangère coûte désormais 10 % de plus en monnaie nationale ; celle-ci s’est dépréciée par rapport à cette monnaie étrangère. Une cotation dans le sens inverse évoluerait dans l’autre direction. Avant de dire qu’une monnaie monte ou baisse, vérifiez la convention de cotation.

Une baisse de la valeur d’une monnaie déterminée par le marché est généralement appelée dépréciation. Lorsqu’un gouvernement ou une banque centrale abaisse une parité de change fixe ou administrée, on parle souvent de dévaluation. Ces termes renvoient à des régimes de change différents, même si certaines études et traductions les emploient de façon imprécise. La courbe en J présentée ici concerne une variation du prix relatif des monnaies et l’ajustement des échanges, pas une recommandation de politique économique.

Des navires, des conteneurs empilés, une grue portuaire et un chariot élévateur; une ligne vert foncé descend puis remonte
Le port et la route incurvée illustrent que les prix peuvent s’ajuster avant les volumes échangés. Cette métaphore explicative n’est pas un graphique mesuré de la balance commerciale

Pourquoi la balance commerciale peut d’abord se dégrader

La balance commerciale correspond aux exportations moins les importations sur une période, selon un périmètre défini qui peut couvrir les biens seuls ou les biens et services. Juste après une dépréciation, les commandes déjà passées, les calendriers de livraison et les prix peuvent tarder à changer. Si les prix des importations en monnaie nationale augmentent tandis que les volumes importés restent proches de leur niveau initial, la facture peut s’alourdir avant que les acheteurs trouvent des substituts ou réduisent leurs achats. Les volumes exportés prennent aussi du temps à réagir ; la demande étrangère ne progresse donc pas nécessairement tout de suite.

Le résultat dépend de la monnaie utilisée pour fixer les contrats et établir les factures. Si les prix à l’exportation sont fixés dans la monnaie du pays exportateur, une dépréciation peut réduire le prix payé par les acheteurs étrangers alors que l’exportateur reçoit initialement à peu près le même montant par unité en monnaie nationale. Le profil des prix et des recettes diffère lorsque le prix est fixé dans la monnaie de l’acheteur. En outre, la variation du change peut n’être répercutée que partiellement ou avec retard sur les prix à l’importation. L’explication du FMI de 1979 décrit une séquence possible où les prix des importations en monnaie nationale s’ajustent avant les quantités ; elle ne présente pas un résultat observé qui s’appliquerait à toutes les économies. {source:imfJCurve1979} {source:imfWEO2007ExchangeRates}

Exemple hypothétique des deux étapes

Imaginons une petite économie qui, au cours d’une période, reçoit 100 unités de monnaie nationale au titre des exportations et paie 120 unités pour ses importations. Sa balance commerciale est de 100 − 120 = −20. Pour simplifier, supposons qu’une unité de monnaie étrangère coûte initialement 1 unité de monnaie nationale, que les produits importés sont facturés en monnaie étrangère et que les contrats et les quantités ne changent pas immédiatement.

ÉtapeRecettes d’exportationPaiements d’importationBalance commerciale
Avant la dépréciation100120−20
Juste après une dépréciation de 10 %100132−32
Après l’ajustement supposé des quantités120118.8+1.2

Après la dépréciation, la cotation passe à 1.10 unité de monnaie nationale par unité de monnaie étrangère. Avec le même volume importé et le même prix en monnaie étrangère, la facture de 120 unités passe à 132 en monnaie nationale. Pour la dernière ligne, supposons que le volume exporté augmente de 20 % tandis que la recette par unité en monnaie nationale reste fixe, et que le volume importé baisse de 10 %. Les dépenses d’importation sont alors de 108 unités en monnaie étrangère × 1.10 = 118.8 unités en monnaie nationale. Dans cet exemple volontairement simplifié, la balance s’améliore de −32 à +1.2.

Toutes les valeurs du tableau sont inventées. Le scénario suppose une répercussion intégrale sur la facture d’importation en monnaie nationale, des recettes unitaires d’exportation inchangées, aucun autre changement de prix ou de demande et des réactions précises des volumes. Il ne s’agit ni d’une prévision, ni d’une estimation empirique, ni d’un résultat attendu pour un pays réel. Avec d’autres monnaies de facturation, contrats, niveaux de demande ou contraintes d’offre, la balance peut suivre une autre trajectoire.

Les exportateurs peuvent aussi subir une hausse des coûts : les entreprises qui dépendent de matériaux ou d’énergie importés peuvent voir le prix de ces intrants augmenter après une dépréciation, ce qui réduit une partie de l’avantage de prix offert aux acheteurs étrangers. Le même mouvement de change peut donc affecter simultanément les coûts de production, les prix à l’exportation et les volumes. Le degré de dépendance aux intrants importés compte. {source:imfOilExportersAdjustment2016}

Une élasticité mesure l’ampleur de la réaction de la quantité demandée à une variation du prix relatif. Si les acheteurs ont peu de solutions de remplacement à court terme, les volumes importés peuvent peu varier malgré la hausse de leur prix en monnaie nationale. Avec le temps, ils peuvent changer de fournisseur, modifier leurs produits ou réduire leur consommation ; les exportateurs peuvent s’implanter sur de nouveaux marchés ou développer leur production. Le calendrier et l’ampleur de ces réactions comptent autant que les valeurs commerciales initiales. {source:imfWEO2007ExchangeRates}

Pourquoi la forme en J dépend de la répercussion des prix et de la demande

Dans le cas théorique où la balance commerciale est initialement équilibrée et où les variations du change sont intégralement répercutées, la condition de Marshall-Lerner veut que la somme des élasticités-prix absolues de la demande d’exportations et d’importations dépasse un pour qu’une dépréciation améliore la balance à long terme. Si la position initiale est déséquilibrée ou si la répercussion est partielle et inégale, le calcul change. Cette condition ne constitue donc pas une prédiction universelle en une ligne. {source:imfWEO2007ExchangeRates}

Même lorsque les prix relatifs changent, les acheteurs ne peuvent pas toujours changer rapidement de fournisseur. Les entreprises peuvent être confrontées à de longs cycles de production, à des limites de capacité, à des intrants spécialisés ou à des contrats conclus plusieurs mois auparavant. Les ménages peuvent avoir peu de substituts pour des importations essentielles. Les exportateurs peuvent avoir besoin de temps pour ajouter des équipes, trouver des intrants ou atteindre de nouveaux clients. Ces délais freinent l’ajustement des volumes, tandis que la demande mondiale, les revenus nationaux, les prix des matières premières ou les frais de transport peuvent eux aussi évoluer.

Une dépréciation peut donc être suivie d’une amélioration de la balance, d’une dégradation plus longue, de peu de changement visible ou d’une autre séquence. L’expression « courbe en J » décrit la forme d’une trajectoire mesurée ; elle ne prouve pas que le taux de change en soit l’unique cause ni que les volumes finiront par s’ajuster assez pour inverser cette trajectoire.

Les valeurs commerciales publiées sont souvent nominales : leurs totaux monétaires peuvent varier lorsque les prix ou le change évoluent, avant même que les quantités physiques échangées changent. Un indicateur de volume tente d’isoler les variations de prix, mais dépend de l’indice et de la méthode de déflation utilisés. Une affirmation sur la courbe en J devrait préciser si elle porte sur les valeurs ou les volumes échangés et dans quelle monnaie la balance est exprimée. {source:imfWEO2007ExchangeRates}

Une estimation obtenue sous un régime de change donné peut changer après une rupture structurelle ou une évolution de la composition des produits. Certaines études constatent des réactions différentes pendant les périodes d’appréciation et de dépréciation plutôt qu’un coefficient constant. Vérifiez si l’étude examine ces changements avant d’appliquer son résultat à un autre épisode. {source:imfTurkeyTradeBalance2019}

Pourquoi les résultats varient selon les pays et les études

Un document de travail du FMI publié en 2004 a estimé les réactions à court et à long terme en Croatie au moyen de modèles alternatifs et de différentes mesures du taux de change effectif réel ; il a relevé des éléments compatibles avec une courbe en J dans ce cas. Une étude du FMI sur la Turquie a examiné une autre période et conclu que le taux de change effectif réel comptait dans l’ajustement de la balance commerciale, mais que ses effets étaient asymétriques et souvent inférieurs à l’écart de croissance des revenus entre partenaires commerciaux. Ces résultats concernent des échantillons, méthodes et épisodes particuliers ; ils ne fixent pas de calendrier pour un autre pays. {source:imfCroatiaJCurve2004} {source:imfTurkeyTradeBalance2019}

Les effets peuvent aussi varier selon les biens qu’une économie exporte et importe. Une étude sur les pays exportateurs de pétrole a constaté que les effets du change sur les soldes extérieurs pouvaient être faibles dans les économies fortement dépendantes du pétrole, tandis que la politique budgétaire jouait un rôle plus important dans son échantillon restreint. Les pays exportateurs de pétrole ont des caractéristiques particulières en matière de recettes, de prix et de production ; ces résultats ne doivent donc pas être généralisés à tous les exportateurs. Ils illustrent pourquoi une variation de change identique en pourcentage n’entraîne pas nécessairement la même réaction des échanges. {source:imfOilExportersAdjustment2016}

Pour lire un résultat empirique, vérifiez le solde mesuré, le caractère nominal ou réel et effectif du taux de change, la monnaie de facturation et les retards intégrés au modèle. Vérifiez aussi si les données portent sur les biens ou sur les biens et services, si l’étude tient compte des revenus et des prix des matières premières et quelle ampleur de variation du change figure dans son échantillon. Un graphique ou une estimation nationale ne répond pas à toutes ces questions.

La balance commerciale ne représente pas tout le compte courant

La balance commerciale comptabilise les exportations moins les importations pour un périmètre défini. Le compte courant est plus large : selon les définitions de la balance des paiements, il comprend aussi les flux de revenus et les transferts courants. Une affirmation sur la courbe en J du commerce de marchandises ne décrit pas automatiquement les services, les revenus d’investissement, les envois de fonds ou le compte courant dans son ensemble. La présentation du FMI explique cette distinction comptable et relie également le compte courant à l’épargne et à l’investissement nationaux. {source:imfCurrentAccountDeficits}

Les variations de change peuvent affecter la valeur des échanges en monnaie nationale et les quantités enregistrées, mais le compte courant reflète aussi les paiements de revenus, les transferts et d’autres flux. Il peut donc évoluer différemment d’une balance commerciale limitée aux marchandises. Pour en savoir plus sur cette frontière comptable, consultez Compte courant et balance commerciale : quelle différence ?.

La période d’observation compte également dans une étude empirique de la courbe en J. Une étude peut constater une dégradation initiale sans observer de reprise complète avant la fin de son échantillon. Les chercheurs peuvent utiliser des fréquences de données, des mesures du taux de change, des définitions commerciales, des variables de contrôle et des retards différents. Comparez des indicateurs comparables et lisez toute la période étudiée avant de traiter une trajectoire estimée comme un calendrier d’ajustement général. {source:imfCroatiaJCurve2004} {source:imfTurkeyTradeBalance2019}

Un graphique avant-après ne permet pas à lui seul d’identifier l’effet du taux de change. Une estimation crédible doit tenir compte des revenus nationaux et de ceux des partenaires, des prix mondiaux et des changements simultanés de politique ou d’offre ; elle doit également indiquer le modèle ou la comparaison utilisé pour estimer ce qui aurait pu se passer autrement. L’étude sur la Turquie conclut que la croissance des revenus des partenaires peut compenser la contribution estimée du taux de change réel. {source:imfTurkeyTradeBalance2019}

Comment examiner une affirmation sur la courbe en J

Commencez par la série exacte et la convention de cotation. Demandez-vous si l’affirmation porte sur des valeurs nominales ou des volumes corrigés des prix, sur les biens ou les biens et services, sur une balance bilatérale ou totale, et sur la monnaie nationale ou une autre unité. Repérez également la date de l’événement et la période décrite comme une courbe en J. Une balance nominale peut varier sous l’effet des prix avant que les volumes ne changent.

Vérifiez ensuite si l’analyse distingue le canal du taux de change des autres changements de demande et d’offre. Une dépréciation peut coïncider avec une hausse ou une baisse des dépenses des ménages, un choc sur les prix des matières premières, une modification fiscale, une récession à l’étranger ou un changement d’accès aux intrants importés. La trajectoire de la balance ne permet pas à elle seule d’identifier la cause de chaque partie du mouvement.

Enfin, considérez la courbe en J comme une explication conditionnelle, pas comme une prévision. Parité de pouvoir d’achat et taux de change du marché : que compare le PIB ? distingue les ajustements du niveau des prix des cotations de marché ; aucun de ces indicateurs ne prédit à lui seul la balance commerciale. Termes de l’échange et balance commerciale : les prix ne sont pas les valeurs échangées sépare les prix relatifs des exportations et des importations des valeurs commerciales comptabilisées. Examinez ces indicateurs avec les volumes échangés, les hypothèses de l’étude et le contexte économique du pays.

Questions fréquentes

Q1Une monnaie plus faible améliore-t-elle toujours la balance commerciale ?

Non. Cela dépend de la répercussion du taux de change sur les prix des échanges, de l’ampleur de la réaction des acheteurs, du temps nécessaire à cet ajustement et de l’évolution de la demande nationale et étrangère. Une dépréciation peut être suivie d’une amélioration, d’une dégradation ou de peu de changement.

Q2La courbe en J est-elle la même chose que la condition de Marshall-Lerner ?

Non. La courbe en J décrit une trajectoire possible dans le temps, où la balance se dégrade d’abord puis s’améliore. La condition traditionnelle de Marshall-Lerner est une condition simplifiée d’élasticités pour une amélioration à long terme, sous certaines hypothèses de répercussion des prix et de valeurs commerciales. L’une ne garantit pas l’autre dans tous les contextes. {source:imfWEO2007ExchangeRates}

Q3La courbe en J s’applique-t-elle à tout le compte courant ?

Pas automatiquement. De nombreuses analyses de la courbe en J mesurent une balance commerciale qui peut porter sur les biens seuls ou sur les biens et services. Le compte courant est plus large, car il inclut aussi les revenus et les transferts. Vérifiez la définition de la série avant d’appliquer cette expression à un solde extérieur plus large. {source:imfCurrentAccountDeficits}

Sources et lectures complémentaires

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